Les pesticides


L’impact des pesticides sur les oiseaux : un danger documenté, mais difficile à quantifier

P Seray (PNE)

Les pesticides sont largement utilisés en agriculture pour lutter contre les insectes, les champignons et les plantes indésirables. Leur utilisation n’est toutefois pas sans conséquences sur la biodiversité. Les oiseaux, notamment ceux qui fréquentent les milieux agricoles, peuvent être exposés à ces substances et subir des effets parfois graves, allant de l’intoxication mortelle à la diminution de leurs ressources alimentaires.

Des intoxications directes parfois mortelles

Certains oiseaux peuvent être victimes d’intoxications aiguës après avoir ingéré des semences traitées, des granulés ou des insectes contaminés. Les produits phytosanitaires peuvent provoquer des troubles neurologiques, des difficultés respiratoires, des convulsions et, dans les cas les plus graves, la mort.

En France, le réseau SAGIR, qui surveille la mortalité de la faune sauvage, a notamment permis de documenter des cas d’intoxication liés à l’imidaclopride, un insecticide de la famille des néonicotinoïdes. Une étude publiée en 2017 a recensé 101 incidents impliquant plus de 734 animaux morts ou mourants entre 1995 et 2014, principalement des oiseaux, dans des situations compatibles avec une exposition à cet insecticide.

Ce bilan ne représente toutefois qu’une partie de la mortalité réelle. Il ne concerne qu’une substance, une période déterminée et les animaux retrouvés puis signalés. De nombreux oiseaux morts ne sont jamais découverts, notamment en raison de la prédation, de la décomposition des cadavres ou de l’éloignement des zones habitées.

Des effets indirects sur les populations d’oiseaux

L’impact des pesticides ne se limite pas aux intoxications mortelles. Certains produits réduisent considérablement les populations d’insectes, de petits invertébrés et de plantes sauvages qui constituent la nourriture de nombreuses espèces.

Les oiseaux insectivores, comme les hirondelles, les martinets ou certaines fauvettes, peuvent ainsi subir une diminution de leurs ressources alimentaires. Cette raréfaction peut entraîner une baisse de la condition physique des adultes, une diminution du nombre de jeunes élevés et une réduction des chances de survie des oisillons.

Une étude menée en France sur 57 espèces d’oiseaux et près de 2 000 sites agricoles a mis en évidence une association entre l’utilisation de l’imidaclopride et une moindre abondance des oiseaux insectivores. Avant l’interdiction de cet insecticide, les sites sans utilisation du produit comptaient environ 12,7 % d’oiseaux insectivores de plus que les sites fortement exposés. Après son interdiction, l’écart s’était réduit, mais demeurait de l’ordre de 9 %.

Ces résultats ne constituent pas un décompte des oiseaux tués. Ils illustrent plutôt la manière dont l’exposition aux pesticides peut être associée à une diminution des populations.

Combien d’oiseaux meurent-ils chaque année ?

C’est une question légitime, mais à laquelle la science ne peut pas encore apporter de réponse précise, notamment en France.

Aux États-Unis, une étude publiée en 2005 avait estimé à environ 67 millions le nombre d’oiseaux tués chaque année par les pesticides. Ce chiffre, souvent cité, correspond à une estimation ancienne et ne doit pas être considéré comme une mesure mondiale ou comme une donnée directement transposable à la France.

Dans notre pays, il n’existe pas, à ma connaissance, de bilan national exhaustif permettant de chiffrer avec précision le nombre d’oiseaux qui meurent chaque année à la suite d’une exposition aux pesticides. Les données disponibles permettent de confirmer l’existence d’intoxications et d’effets sur les populations, mais elles ne suffisent pas à établir un total fiable.

Par ailleurs, la diminution des oiseaux des milieux agricoles ne peut pas être imputée aux seuls produits phytosanitaires. La disparition des haies, la destruction des habitats, la simplification des paysages, la diminution des zones humides, les changements de pratiques agricoles et le dérèglement climatique peuvent également jouer un rôle important.

Préserver les oiseaux, c’est préserver tout un écosystème

Les oiseaux occupent une place essentielle dans les écosystèmes. Ils participent à la régulation des populations d’insectes, à la dispersion des graines et au fonctionnement des chaînes alimentaires. Leur présence ou leur disparition constitue souvent un indicateur de l’état de santé des milieux naturels.

La question des pesticides dépasse donc largement le cadre de la seule mortalité directe. Elle concerne la qualité des habitats, la disponibilité des ressources alimentaires et la capacité des espèces à se reproduire et à se maintenir durablement.

Protéger les oiseaux suppose ainsi de préserver leurs lieux de vie, de maintenir une diversité végétale suffisante et de limiter, autant que possible, les substances susceptibles de fragiliser les équilibres naturels.

À retenir

Une étude publiée en 2026 par le Muséum national d’Histoire naturelle, portant sur 64 espèces d’oiseaux communs, a constaté que 84,4 % des espèces étudiées étaient moins abondantes dans les zones où les achats de pesticides étaient plus importants, après prise en compte d’autres facteurs liés à l’intensification agricole.

Les pesticides peuvent tuer directement des oiseaux, mais leur impact le plus difficile à mesurer réside aussi dans leurs effets indirects : raréfaction des insectes, diminution des ressources alimentaires et perturbation de la reproduction. Si des cas de mortalité sont documentés, aucun bilan national exhaustif ne permet aujourd’hui de déterminer précisément combien d’oiseaux meurent chaque année à cause de ces produits en France.

P Seray (PNE)

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